Reportage : Mayotte, les enfants oubliés

Mayotte est une ile située dans le canal du Mozambique et dans l’océan Indien à plus de 8000km de la métropole.
Les 566 hab/km² en font l’île la plus dense des départements d’outre mer. C’est le 25 août 1841 que la France fait de Mayotte une de ses colonies. En mars 2011, l’île est devenue 5ème département d’Outre-Mer français.
Mayotte est qualifié comme le territoire le plus pauvre d’Europe. Selon l’INSEE, le taux de chômage en 2014 est de 19,5 % (40 % pour les moins de 25 ans) et le PIB par habitant de 6 575 euros, près de cinq fois moins que dans l’Hexagone.

À 400 km de la côte Est de l’Afrique et à 300 km de la côte Ouest de Madagascar, Mayotte entretenait des relations séculaires avec les autres iles de l’archipel des Comores.

18 janvier 1995, Edouard Balladur instaure un visa supprimant la liberté de circulation entre Mayotte et le reste de l’archipel.

Principale et tragique conséquence : le développement d’une immigration dite « illégale » qui ne cesse de croître depuis vingt ans.

Même si aucun chiffre officiel n’existe, les pouvoirs publics considèrent qu’environ 70 000 personnes y sont actuellement en situation irrégulière, pour l’essentiel des ressortissants voisins des Comores.

En 2014, près de 20 000 étrangers en situation irrégulière ont été expulsés de Mayotte, soit plus que le nombre d’expulsion sur l’ensemble de la métropole pour la même année.
Le Groupe d’Information et de Soutien des Immigrés (Gisti) explique : « Il est difficile d’accrocher l’attention du grand public sur leur situation. Celle des migrants qui transitent par la Méditerranée est souvent beaucoup plus parlante.

Ce qui peut se comprendre car elle touche beaucoup plus de personnes. Mais, celle de Mayotte, bien que de moindre échelle, obéit aux mêmes ressorts et aboutit aux mêmes résultats : la mort de milliers de gens et une misère sociale grandissante. »

50% de la population a moins de 17 ans. Parmi elle, on estime officiellement à plus de 6 000 le nombre de mineurs issus de l’immigration clandestine. Leurs parents sont le plus souvent renvoyés sur l’île d’Anjouan, à 70 kilomètres de Mayotte.

Ces enfants, pour la plupart Comoriens, protégés de leur expulsion du fait de leur minorité, sont livrés à eux-mêmes et ne sont pas ou peu pris en charge par les pouvoirs publics. Ils vivent au nord de Mamoudzou, chef lieu de l’île, dans le plus grand bidonville de France, Kawéni.

Un pédiatre oeuvrant depuis plus de dix ans au Centre hospitalier de Mayotte dénonce : “Malnutrition, lèpre, tuberculose, déshydratation, maladies pulmonaires… Nous sommes confrontés à un ensemble de maladies de pauvreté. En clair, sur le territoire français, des gamins meurent de misère.”

C’est dans ce contexte de misère sanitaire et sociale que je me suis rendu sur place et ai tenté de témoigner de la situation.

Sur les mois d’octobre et novembre, j’ai photographié la vie de ces enfants comoriens isolés et condamnés à une jeunesse de errance. Ils vivent dans des bidonvilles comme celui de Kawéni,
au nord de Mamoudzou et sont aidés par des associations qui organisent des maraudes sur place.

Je me suis joint aux équipes d’Apprentis d’Auteuil Mayotte et ai rencontré ces enfants afin qu’ils me racontent leur histoire.